Un roman sur le Darfour



    I.  Une histoire d’amour.






__Samedi vingt-sept octobre deux mille sept. Hier était un jour blanc. Aujourd’hui est un jour noir.
__Je me suis marié avec Amanda, il y a sept cent treize jours exactement.
__Ma tendre épouse et notre petit enfant – qui sommeillait encore en elle – ont rejoint ensemble le Ciel, il y a sept cent douze jours exactement.

__J’ai rencontré Amanda à Berlin, un paisible dimanche de printemps. Elle était belle. Si belle. Avec ses doux yeux d’agate, couronnés de ses blonds et longs cheveux de soie.
__Parisienne élégante, à la silhouette irréelle, elle venait étudier avec passion, la peinture allemande du quinzième et du seizième siècle – la Renaissance et le Baroque –. Albrecht Dürer était son peintre préféré: L’Autoportrait à la fourrure, le Moulin aux saules, le Rhinocéros, le Livre de l’Apocalypse.

__Elle occupait à mi-temps un poste d’assistante de collection à la Gemäldegalerie. Elle ciblait les œuvres à acquérir, organisait les échanges internationaux, et guidait les groupes de touristes français, de tableaux en tableaux, d’anecdotes en anecdotes.
__Amanda travaillait sur son doctorat comme un peintre sur sa toile. Elle savait qu’elle devait satisfaire une commande. Mais elle ressentait aussi, l’irrépressible envie, d’y glisser une touche d’irrévérence.
__Du fébrile aplomb de ses vingt-cinq ans, elle regardait le monde comme un fruit défendu. Amand parlait aussi, à merveille, l’anglais et l’allemand.

__Je m’appelle Dimitri. Je suis originaire d'Hambourg. Et je me promenais le long de la Spree, en tout début d’après midi, quand tout à coup, une exquise foudre d'amour a eu raison de moi.
__Telle une âme soeur, telle une déesse votive, Amanda était ma promise, je le savais déjà. Assise à la terrasse d’un bistrot, son regard rêveur vagabondait sous le soleil.
__Quelque chose m’a pris par le bras – le destin je crois – et m’a assis auprès d’elle, à une petite table, juste à côté de la sienne. J’ai songé à me tourner vers elle. Cependant, je n’ai pas osé. Rougeurs et timidité.

__Amanda mimait l’indifférence. Mais finalement, ses pupilles ont glissé vers moi, comme attirées par un aimant.
__Je me suis alors retourné. Et je lui ai dit, ce qui ne se dit pas: «Bonjour, envoûtante demoiselle. Permettez-moi de vous avouer, que j’ai rarement rencontré, une fille aussi ensorcelante que vous. Je ne souhaite pas vous importuner, néanmoins cela m'enchanterait, que l’on bavarde un peu. J'aimerais tant découvrir qui vous êtes.»
__Amanda m’a souri. Elle rougissait un peu. Elle baissa la tête. Me fuyant des yeux. Pour dissimuler l’émotion que trahissait son joli minois.
__Qui voyait-elle en moi ? Un opportuniste ? Un désespéré ? Un excentrique ? Moi, je voyais en elle: la Madone aux Oeillets.
__Derrière mes habits de bourgeois et mon allure bohème, savait-elle déjà qui j’étais ?
__Brun, svelte, grand et avenant, me trouvait-elle aussi parfait, que je la trouvais ravissante ?
__Ses deux mains étaient posées sur ses cuisses, juste au-dessous de la petite table toute ronde. Toute ronde. Toute aussi ronde que ses pommettes.
__Du bout des doigts, elle a poussé une mèche de ses cheveux derrière son oreille gauche. Assis à sa gauche, je la dévorais des yeux.
__Puis elle m’a répondu: «Je m’appelle Amanda. Je suis française. Je prépare un doctorat en histoire de l’art à l’UdK – Universität der Künste –.»
__Alors, je me suis présenté à mon tour: «Mon prénom, c’est Dimitri. Je suis diplomate. Je travaille pour le consulat allemand du Soudan, à Nyala, au Darfour.»
__Amanda s’inquiéta quelque peu de ma situation. La guerre est un non sens pour les êtres civilisés.
__Ensuite, on a flâné dans le quartier de Prenzlauer Berg. Longtemps, on a discuté. Et la vie a décidé pour nous.

__Berlin est si splendide en avril. La neige qui recouvre tout, de son lourd manteau glacial, s’en est allée. C’est alors que le printemps et sa suave poésie pénètrent les têtes sur la pointe des pieds.
__Berlin est si magique, quand on marche main dans la main, avec une fée de toute beauté.
__Elle était si radieuse Amanda. Elle était si délicate ma future femme. Elle était si délicieuse ma défunte épouse.

 





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Le pourquoi du comment

  • : Aubin Teo
  • darfour
  • : - Parce que nous méritons mieux que l'ignorance, bêtise et la violence ! - Because we deserve more than ignorance, stupidity and violence !

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